Mon histoire avec cette épreuve imaginée et organisée par Eric Leblacher, elle est née dès la première édition où j'ai préféré la vivre du côté des bénévoles. J'avais envie d'en être mais courir en suivant une trace GPS, sans balisage, ça n'est pas ce qui m'attirait le plus. Partir à l'aventure la nuit dans des territoires inconnues, ça me tente beaucoup mais devoir s'orienter à l'aide d'une montre, ça me botte moins.
Du coup, en 2022 et en 2023, j'ai été bénévole pendant une partie de la nuit à la Base Vie située dans la ferme de May-en-Multien. Une chouette aventure qui ne ressemble pas aux autres, ayant pourtant participé à de nombreuses épreuves en tant que coureur ou en tant que bénévole. Un état d'esprit et une bienveillance générale qu'on retrouve peu ailleurs malgré le fait que je prenne énormément de plaisir sur la très grande majorité des compétitions auxquelles je participe.
L'an dernier, je ne pouvais pas être de la partie puisque j'organisais le Cross de Torcy mais cette année, le fait que des épreuves en Run & Bike soient proposées m'a davantage motivé à y revenir en tant que concurrent. Sauf que je n'aime pas partir à la chasse à un coéquipier et je sais que beaucoup de mes connaissances auraient du mal à aller sur ce genre de format. Je souhaitais faire le Run & Bike de 29 kilomètres mais Martin n'étant pas dispo, on s'est finalement inscrits à la Corrida de Houilles avec Jérôme et lui pour le week-end d'après donc j'ai laissé la Grande Ourcq de côté en proposant à Eric mon aide en tant que bénévole si besoin...
Ce n'est qu'un mois avant l'épreuve que je croise Céline aux Foulées de Saint-Thibault... On en avait parlé lorsque nous étions tous les deux serre-files du Trail du Soldat de la Marne, je lui avais dit que c'était quelque chose qui me tentait, cette Grande Ourcq, mais que je n'avais pas de partenaire. De son côté, elle avait trouvé son binôme pour le grand format et devait la faire avec Guillaume... Sauf qu'entre temps, Guillaume s'est désisté donc Céline m'a demandé si le projet m'intéressait. Et évidemment, comme souvent, je craque facilement face à toute proposition de course, surtout qu'au fond, ça m'intriguait vraiment d'y participer...
Nous voilà donc embarqués à l'improviste pour une aventure supposée d'environ 105 kilomètres en Run & Bike, de nuit, sans balisage. Rien que ça. J'ai beau avoir déjà couru 100 kilomètres sur le Champ de Mars pour la No Finish Line de Paris ou fait plusieurs fois des sorties vélo de plus de 100 / 150 kilomètres, cette distance est une inconnue totale pour moi en compétition. La nuit, bon, ça, ça m'inquiète moins, à part si la météo nous complique la tâche (je crains surtout le froid, éventuellement la pluie, avec cette alternance vélo / course qui nécessite des adaptations vestimentaires pas évidentes). Et le fait que ce soit sans balisage, c'est clairement ce qui me rassure le moins !
C'est là qu'avant même le début de l'épreuve, la liste des MERCIS est importante. MERCI à Guillaume de nous avoir prêté son vélo car en terme de logistique, c'eût été bien compliqué autrement. MERCI à Martin de nous avoir prêté son GPS Garmin pour vélo, ce sans quoi j'aurais été bien peu rassuré à l'idée de m'orienter avec la montre. Merci aussi pour les lampes de secours, même si nous n'en avons pas eu besoin et MERCI à Laura de m'avoir transmis ce matériel en l'absence de Martin. MERCI à Nicolas aussi, mon frère, qui m'a à nouveau prêté sa voiture afin que je puisse me rendre à Armentières-en-Brie, n'étant actuellement plus véhiculé.
Les semaines défilent, la demi-SaintéLyon (en relais) se déroule plutôt bien et surtout, je récupère bien, j'enchaîne avec une bonne sortie à la Noctambule de Chauc, je parviens à ne pas tomber malade malgré les microbes qui traînent partout, ouf. Tous les feux sont au vert, je suis simplement fatigué des semaines de boulot et d'activités sportives mais tout est OK. Je suis raisonnable en ne courant pas mardi après avoir fait une sortie sur fatigue le lundi soir, footing tranquille le mercredi puis une séance très très soft jeudi puis avec les jeunes vendredi, c'est nickel. Je travaille samedi matin, je fais une toute petite sieste dans l'après-midi (fichue épreuve de Biathlon qui se déroule au moment où j'étais censé dormir !) et c'est parti direction Armentières, vers 16h30.
J'arrive sur place vers 17h30 et je croise bien trop de têtes connues dans la petite salle où tout le monde se prépare déjà. Il y a des amis sur tous les formats de course proposés, du 29km solo et Run & Bike au 105km solo et Run & Bike en passant par le 70km ! On papote, les minutes défilent donc on finit par se préparer dehors avec Céline, en n'ayant toujours pas récupéré nos dossards alors que les premiers départs approchent. On doit être dans les tous derniers à les récupérer et même à la table, il n'y a que des connaissances pour me filer l'enveloppe. A l'intérieur, il y a la balise GPS à conserver sur nous pour que l'organisation sache en permanence où on se trouve (et ainsi s'assurer qu'on ne sort pas du parcours), ce qui permet aussi un suivi live permanent pour nos proches. Il y a aussi la plaque à mettre à l'avant du vélo et nos deux dossards, N°724 !
On finit de préparer le vélo (avec deux lampes à l'arrière, celle qu'on va utiliser et une de secours ; trois lampes à l'avant sur le même principe et le GPS et c'est Céline qui aura également la trace sur sa montre en secours si on a un souci avec le GPS). Je finis de préparer mon sac (avec une majorité de choses qui ne me serviront pas dans ces conditions mais nécessaires au cas où : des vêtements, une frontale de rechange, le gobelet et les gants à portée de main, une flask remplie de 500mL d'eau avec une pastille d'électrolytes, 1L d'eau dans ma poche à eau et la fameuse balise GPS, la couverture de survie, etc...). J'ai également chargé mon sac et les poches du vélo de mon matériel de réparation en cas de crevaison ou autre problème et avec de la nourriture.
Une fois prêts, on pose le vélo dans le parc à vélos tandis que les premiers concurrents s'élancent sur les différentes épreuves. On se pose quelques instants au chaud dans la salle, je laisse mes affaires à Sophie, la soeur de Céline qui va nous suivre toute la nuit en se postant à des endroits du parcours pour nous encourager et en nous attendant aux différentes bases vie. Un très grand MERCI à elle pour cette sacrée nuit blanche, ce dont elle a l'habitude vu que tous les ans, elle assiste Céline sur ses participations à la Grande Ourcq.
L'heure de départ approche, on retourne dehors pour se préparer, récupérer le vélo et c'est déjà à nous. On monte sur le petit podium de départ, c'est une course en contre-la-montre donc chaque coureur ou équipe part toutes les 30 secondes ou 1 minute, il ne faut pas rater le bon moment ! 19h19, la TEAM 77 Département de Seine-et-Marne attaque la Grande Ourcq et ses 102,3 kilomètres annoncés d'après la trace !
Du départ à Trilport (BV1 - km 24)
Je pars à pied et Céline à vélo et très rapidement, après une centaine de mètres de course, on s'arrête déjà car le GPS (qu'on n'a évidemment pas testé, ce serait trop facile) n'a pas vraiment démarré. Allez, ça y est, on est reparti une fois la trace bien affichée. Assez vite, on s'engouffre dans les bois et on se rend compte que le terrain est bien bien boueux, ça promet. On ne tarde pas à rattraper quelques équipes moins rapides tandis que d'autres reviennent de l'arrière, c'est très dense pour l'instant. En même temps, toutes les équipes de Run & Bike engagées (24 équipes inscrites mais 2 non-partantes, sans compter Nicolas et Eddy qui ont basculé sur le 29km) sont parties à 1 minute d'intervalle chacune donc il faut du temps pour que ça s'étire.
Ce début de course est délicat car les passages à vélo ne sont vraiment pas les plus évidents, on roule dans la gadoue, les trajectoires ne sont pas simples à anticiper, on se fatigue presque plus sur le vélo qu'à pied. Je m'y habitue sans trop de problème mais en plus, la selle est évidemment réglée à la taille de Céline pour qu'elle ne galère pas trop à monter sur le vélo à chaque fois. L'avantage, c'est que c'est hyper simple pour moi de monter dessus mais en revanche, je suis un peu une grenouille dessus, les jambes bien pliées. Ce n'est donc pas de tout repos mais tout va bien pour autant. Cependant, pour une fois, j'ai un peu hâte qu'on soit sur du bitume ! Cela représente environ 70% du parcours aujourd'hui, la route, ça tombe plutôt bien vu l'état des chemins.
Les premiers kilomètres passent bien, on a du monde autour de nous, chaque équipe a sa stratégie. Noé et Cyrille (futurs 2èmes de l'épreuve) font quelques hectomètres à nos côtés mais ils ont fait le choix d'avancer à vélo et de le laisser sur le côté pour que le coéquipier le récupère pendant que le premier avance en courant. C'est clairement efficace mais pas du tout notre vision de l'épreuve qu'on veut dans le partage. On n'a pas envie de faire notre course chacun de notre côté et simplement se croiser quand le cycliste rattrape le coureur et surtout, on préfère savoir en permanence où est notre coéquipier pour éviter de se perdre !
On perd le contact avec eux lorsque Céline galère à vélo dans une portion vraiment difficile, un faux-plat montant dans l'herbe et la boue qui me permet de me rendre compte qu'il y a des endroits où il ne faudra pas calculer la distance ou le temps passé à courir ou à pédaler mais simplement s'adapter au terrain. Dans ces passages délicats, il faut que je soulage Céline en prenant le vélo, il vaut mieux qu'elle court, même si c'est un peu plus long, je peux prendre de bons relais en course après.
On fait ensuite pendant longtemps le yoyo permanent avec une équipe féminine qui a la même stratégie que Noé et Cyrille. Elles rivalisent ainsi avec nous pendant de nombreux kilomètres mais progressivement, on prend un peu le dessus. Globalement, jusqu'à la première base vie, on est vraiment comme sur une course classique, très entourés de concurrents, que ce soit des Run & Bike sur le 105km mais aussi des solos ou même des coureurs du 70km.
Je ne sais plus trop quand mais je crois que c'est du côté de Varreddes, on a la grosse surprise de voir débouler l'ami Toni Caporale que l'on n'était pas du tout censés voir de la course puisqu'il est parti avant nous... Malheureusement, il s'est complètement planté sur le parcours et a fait quelques bons kilomètres de rab. Heureusement, il est vraiment au-dessus du lot et ce n'est pas ça qui va l'empêcher de rattraper tout son retard au fil des kilomètres pour mettre de beaux écarts à tous ses concurrents pour autant.
Je n'ai pas de gros souvenirs de toute cette portion si ce n'est que c'est plutôt roulant et que tout se passe bien jusqu'au 17ème kilomètre où j'ai eu peur que notre course bascule... Dans une grosse montée, la plus dure depuis le début par sa longueur et sa technicité, assez boueuse et étroite, je récupère le vélo pour soulager Céline mais au bout de quelques mètres, j'entends un bruit qui ne me plaît pas beaucoup et je ne peux plus avancer. En vitesse 1, cela déraille systématiquement. Je peine un peu à retirer la boue du vélo, à bien remettre la chaîne et le dérailleur avant de me rendre compte qu'il faut que je rebascule la chaîne en vitesse 2 ou 3 pour pouvoir repartir. Je fais donc un bout à pied à côté du vélo car j'ai perdu de l'énergie et la pente est raide puis je fais un bel effort pour recoller à Céline une fois le terrain plus praticable.
C'est un bel avertissement, il va falloir être prudent avec le matériel car un souci avec le vélo peut arrêter nette notre course alors qu'on est en pleine forme. Heureusement, ça semble réglé et le parcours devient bien plus facile à gérer. Je suis lucide donc tout va bien, je prends enfin un relais à pied après cette longue portion de course pour Céline et on équilibre les débats. Je m'étais dit avant la course qu'on changerait probablement tous les kilomètres mais finalement, je me rends compte que c'est très long 1 kilomètre et qu'il vaut mieux changer tous les 500 mètres environ quand le terrain le permet.
On arrive assez vite à Trilport où se trouve la première base vie où nous sommes accueillis par les bénévoles mais aussi Sophie et les parents de Céline et Sophie. C'est l'anniversaire de leur mère aujourd'hui ! Je profite bien du ravitaillement où je papote dans la bonne humeur avec des têtes connues tout en mangeant un croque-monsieur, une crêpe, du quatre-quarts... et je bois un peu de coca ! On prend bien le temps de se poser mais il y a pas mal de monde à ce ravitaillement donc on ne traîne pas trop non plus. Une fois bien ravitaillés, on repart sur la bonne dynamique du début de course. Presque 12km/h de moyenne sur ces 24 premiers kilomètres, c'est impeccable.
On ne le sait pas mais c'est déjà ici que nous serons assurés du podium mixte (à condition de finir l'épreuve) car il y avait 4 équipes mixtes au départ de la course et l'une d'entre elles abandonnera la course à Trilport.
De Trilport à Tancrou (BV 2 - km 51)
Au moment de repartir de la BV, on croise Christopher qui arrive avec son coéquipier, ce qui signifie qu'ils ont presque mis le même temps que nous pour arriver là puisqu'ils sont partis peu de temps après nous. On a été un poil plus rapides, c'est un bon repère pour moi même si je ne connais pas du tout son coéquipier.
Quelques hectomètres plus loin, on double Vincent qui fait la course en solo et qui est parti fort mais nous dit qu'il va calmer le jeu... Malheureusement, il abandonnera à la prochaine BV. Suit une grosse et longue montée, une des plus longues de la course mais que l'on gère plutôt bien. Je n'ai plus en tête tous les détails de cette portion mais j'ai des souvenirs d'avoir échangé brièvement avec un gars des Tritons Meldois engagé sur le 70km, d'avoir croisé et fait quelques hectomètres avec Nicolas, également sur le 70 et encore bien en jambes à ce moment-là. A un moment où je récupère le vélo, je fais ma première "pause pipi" de la course sur le bas-côté de la route et manque de peu de me faire percuter par une bouteille d'eau au moment où passe une voiture à relativement vive allure... Alors, est-ce un jet de bouteille de la part d'un passager du véhicule ou est-ce que la bouteille était sur la route et s'est faite envoyer valdinguer par la voiture au passage ? On le ne saura jamais.
On passe par un des rares coins du parcours que je connais un peu, du côté de Saint-Jean-les-Deux-Jumeaux et Changis-sur-Marne où j'ai participé aux éditions de la course La Frontale quand elle avait encore lieu. Bon, c'était déjà la nuit, du coup. C'est là qu'après avoir longé la Marne sur des petits chemins, on arrive dans une côte très courte mais aussi très pentue où je récupère le vélo mais ne suis pas en mesure pour autant de la grimper sur les pédales donc je marche/cours à côté. En haut de la bosse, il y a à nouveau les proches de Céline puis on bascule dans une nouvelle belle montée en deux temps, d'abord par-dessus la voie ferrée puis au milieu des champs.
Puis, en haut, on est tout étonnés de rattraper Tony qui est très en gestion sur cette première moitié de course. Il finira quand même 2ème homme et 3ème au scratch sur le 105km... C'est d'ailleurs sûrement par-là (ou à la BV ?) que l'on double les deux premières filles de la course en solo, qui termineront à de très solides 2ème et 4ème places au scratch.
On profite ensuite enfin d'une belle descente qui fait du bien et nous permet de filer vers Jaignes mais ça, c'est trop facile donc on décide de rallonger un peu le parcours à l'intersection suivante... Ah non, en fait, rien de volontaire, évidemment ! On prend bien à droite pour quitter la route sauf qu'on croit être sur le chemin mais on s'est fait déconcentrer par deux gars qui faisaient la fiesta au bord du chemin ! On n'a pas vu le vrai chemin qui était à gauche donc on jardine un peu en se rendant compte au bout d'une centaine de mètres qu'on est en train de sortir du parcours.
D'autres concurrents sont dans le même cas que nous mais ils s'en sont rendus compte plus tôt alors que nous, on a mis un peu de temps puisque j'ai récupéré le vélo pour soulager Céline dans ce passage difficile à vélo. On fait donc demi-tour et on suit des gars qui ont pris une petite montée très étroite sauf que ce chemin ne mène que vers une zone de ruches pour abeilles apparemment... On rebrousse donc à nouveau chemin et c'est encore un peu plus en amont que se trouve le véritable chemin, qui était quand même bien caché !
Bon, ce coup-ci, on attaque donc la vraie montée difficile dans les bois. Je fais le choix de la passer à pied et j'ai à priori bien raison vu qu'un autre gars pourtant à l'aise en VTT ne parvient pas à passer et est finalement contraint de passer à pied aussi. On fait un bel effort aux côtés de plusieurs équipes et on se relance bien pour la dernière portion avant le deuxième ravitaillement.
On avance un bon moment aux côtés d'un duo masculin avec le fameux gars qui a essayé de faire la montée sur le vélo et on rejoint ensemble Gaetan qui joue les premiers rôles sur le 70km mais a eu un problème avec sa montre et est un peu démoralisé à environ 4 kilomètres du ravito. On échange quelques mots puis on finit par le distancer ainsi que l'équipe avec laquelle on évoluait depuis quelques temps.
Cette deuxième partie de course n'était pas la plus dure car quand même majoritairement sur le bitume mais il y avait de belles montées et on a jardiné un petit coup donc ça fait plaisir d'arriver au deuxième ravitaillement, il est temps de se poser un peu pour manger et repartir sur la deuxième moitié de course. Je suis étonnamment très serein, on fait une très bonne course pour l'instant et on arrive à Tancrou sur une très bonne dynamique, après une belle descente.
Du coup, on a 52 kilomètres à la montre avec ce petit bonus mais tout va bien. On est beaucoup moins nombreux sur ce ravito qu'au précédent donc c'est plus cool. Je bois à nouveau du coca et de l'eau pétillante, de mémoire. Et je me restaure avec gourmandise en profitant des crêpes et des mars notamment. Je suis toujours de très bonne humeur donc on discute bien avec les bénévoles, ce sont des moments très sympas ! C'est le dernier ravitaillement où nous voyons les parents de Céline car il commence à être tard, près de minuit. C'est là qu'on apprend qu'on est 6ème équipe au scratch, ce dont je ne me doutais pas du tout et on repart même avec les 5èmes puisqu'on va faire le yoyo pendant un moment avec Alan et son partenaire.
De Tancrou à May-en-Multien (BV 3 - km 82)
N'ayant vraiment rien regardé du tout avant la course, j'ignore complètement les kilométrages entre chaque base vie donc à chaque fois, je demande à Céline où se trouve la prochaine BV car ça rythme quand même notre course. Et là, j'apprends donc qu'elle est dans plus de 30 kilomètres, ça va être une longue portion, la plus longue des 4 quarts de course !
Je repars en courant, aux côtés d'Alan et Nathanael, on discute un peu puis on fait très longtemps une course quasiment commune avec eux sans être ensemble pour autant. Selon les portions, on repasse devant ou on repasse derrière. J'en profite pour faire ma deuxième "pause pipi" au moment où je récupère le vélo. On arrive dans une portion un peu moins à l'abri, comme sur un plateau donc il commence à faire un peu plus froid même si ça reste très raisonnable. J'en profite donc pour mettre mes gants mais je ne change rien au reste de ma tenue (que je n'ai d'ailleurs pas évoquée : des vieilles chaussures de course sur route Kiprun KS900 Light, mes chaussettes Rywan de l'Echappée Belle, le short que j'ai utilisé au Marathon d'Amsterdam, un tee-shirt à manches courtes sous mon tee-shirt à manches longues Kikouroù, mon habituel sac de Trail, un buff et le casque de vélo évidemment, que je porte en permanence ; sans oublier la lampe frontale Go'Lum dont je me suis enfin rendu compte que le premier mode est bien moins consommateur d'énergie que le deuxième...).
On attaque la portion de la course qui va être la plus difficile pour nous avec un équilibre difficile à trouver pour savoir quand se relayer puisque Céline va être à la peine sur toutes les montées bitumées où elle gère à son rythme sur le vélo pendant que je prends de l'avance en courant sauf que, du coup, je fais de looongs relais à pied donc je suis bien moins efficace. En plus, c'est aussi la partie la moins agréable car on n'y voit plus grand chose à cause d'un espèce de brouillard bien encombrant. On voit à peine à quelques mètres devant nous. C'est de la route donc ce n'est pas très fun même si ça a le mérite de nous permettre de continuer à courir de manière assez régulière, en s'adaptant juste au dénivelé.
Peu après Ocquerre, nous sommes toujours "à la lutte" avec Alan et Nathanael après un petit coup de mou d'Alan quand ceux-ci filent tout droit en haut d'une montée alors que, Céline étant trop loin derrière, je leur ai demandé s'il ne fallait pas tourner. Du coup, ma coéquipière m'interpelle pour me prévenir qu'il fallait effectivement tourner... Demi-tour direction Châton, comme il me semblait avoir vu sur le GPS la dernière fois que j'étais sur le vélo !
A chaque fois, Céline me rattrape dans les descentes et on reprend notre rythme de relais classique, environ 500 mètres chacun. Sur toute cette troisième portion, je fais donc un peu plus de distance à pied puisque je cours la majorité des montées tandis que nous équilibrons notre temps sur le vélo le reste du temps.
Ensuite, tandis que Nathanael et Alan s'éloignent très progressivement alors que nous sommes en gestion, nous revenons peu à peu sur un autre binôme, ceux qui étaient 4èmes de la course jusque-là, Maxime et Louis. Je connais Maxime puisque nous avons couru ensemble à la Déjantée de Mareuil en septembre dernier. C'est avec eux qu'on va désormais faire le yoyo pendant quelques kilomètres puisqu'on les distance dans un premier temps avant qu'ils ne nous doublent dans une montée où je dois attendre un peu Céline. Puis, on finit par les doubler un peu plus loin et gentiment prendre un peu d'avance sur eux. On ne se bat pas vraiment pour le classement car on ne sait pas où sont les autres équipes mixtes et on vit notre propre course à 100% mais ça reste motivant de savoir qu'on se bat avec les équipes qui sont entre la 4ème et la 6ème places, surtout qu'on ne voit plus personne d'autre derrière depuis un long moment.
Il y a un passage que je suis incapable de replacer dans la chronologie des faits, qui doit être à peu près par-là, où on se retrouve dans une petite commune plutôt jolie mais avec de beaux escaliers à descendre et comme à chaque fois qu'on arrive dans un passage vraiment technique, j'ai la lucidité de dire à Céline de me passer le vélo et de la laisser descendre tranquillement à pied ! Bon, je descends aussi à pied mais avec le vélo. Il y a eu 2 ou 3 passages comme ça où c'était vraiment pas possible de descendre sur le vélo, sans parler du moment, plus tôt dans la course, où nous avons dû descendre un beau fossé pour rejoindre le bon chemin car la route n'amenait plus dans la bonne direction.
Après cet enchaînement de difficultés dans un temps un peu plus faible de la course, on parvient tout de même à maintenir un très bon rythme et à parfaitement se relancer en descentes. On passe du côté de Crouy-sur-Ourcq et les kilomètres défilent bien. On croise une nouvelle fois Eric, posté à différents points du parcours (ça doit être la troisième fois qu'on le voit, de mémoire) au moment où ma lampe frontale vient de tomber en rade ! Mais je l'avais anticipé quand elle a clignoté une première fois puisque j'avais besoin de boire autre chose que de l'eau donc je me suis arrêté pour choper ma flask remplie de la pastille d'électrolytes et j'ai récupéré ma batterie de rechange en même temps.
C'est donc après m'être bien réhydraté que je peine à revisser ma frontale une fois la pile changée et que j'arrive ainsi sans lumière au niveau d'Eric ! Une bonne occasion de s'arrêter à ses côtés pour papoter quelques instants avant de repartir en trombe, plus motivés que jamais ! Nous sommes bel et bien 5èmes au scratch et 1ère équipe mixte, le chef nous l'a confirmé, on n'a plus qu'à finir ce beau chantier plutôt bien maîtrisé jusqu'ici. Et c'est peu dire que je me sens encore bien d'attaque.
Ce qui nous calme, c'est davantage l'ultime difficulté avant la base vie de May-en-Multien, une montée dantesque, sacrément longue et usante. Je m'y sens bien mais vu que nous allons arriver au ravitaillement et que Céline est dans le dur à vélo, j'en profite pour marcher un peu et c'est franchement pas plus mal car on a quand même parcouru plus de 80 kilomètres à un rythme très correct. Les conditions sont idéales, je ne ressens pas de fatigue particulière mais le corps a forcément besoin d'un peu de repos. J'en profite donc également pour faire ma troisième et dernière "pause pipi" de la course puis j'attends Céline en haut pour savoir où il faut aller pour rejoindre la ferme que je connais pourtant bien, celle où j'ai été bénévole par deux fois sur la Grande Ourcq lors des deux premières éditions.
Ultime occasion de croiser tous les bénévoles que l'on connaissait majoritairement déjà avant la course mais qu'on connaît encore mieux désormais après tous ces petits moments de partage bien sympathiques ! On croise aussi une dernière fois Alan et Nathanael qui repartent du ravito au moment où on arrive, on leur laisse sans problème la 4ème place sans chercher à les chasser, ils sont costauds et ne sont pas vraiment des adversaires pour nous puisque nous sommes dans la catégorie des duos mixtes et loin des 3èmes au scratch, à priori.
On se pose donc un bon moment ici et j'avoue que j'abuse un peu du ravito et des papotages mais que ça fait du bien. On se chambre un peu avec Céline, c'est bon enfant. Du coca, des crêpes, un croque-monsieur, des mars, du quatre-quarts, j'y vais gaiement sur la nourriture mais j'en ai besoin, physiquement et moralement. C'est super agréable. Nos poursuivants arrivent ensuite mais là aussi, ce ne sont pas vraiment des adversaires puisque c'est un binôme masculin et j'ai le sentiment qu'on a de la marge car ils vont avoir besoin de se poser aussi.
De May-en-Multien à l'arrivée
C'est reparti ! On salue les super bénévoles et Sophie qu'on ne reverra désormais qu'à l'arrivée, à moins de 20 kilomètres d'ici ! Et franchement, l'idée de n'avoir "plus que" ça à parcourir me ravit pleinement, je me sens encore super bien, je ne l'aurais jamais imaginé !
Comme on repart en montée, je prends le vélo. Céline fait encore une montée très solide comme toutes les montées qu'elle a faites à pied où elle a été vraiment impressionnante. C'est plus dur pour elle à vélo mais elle limite bien la casse et ne se met pas dans le rouge, elle a tout le loisir de revenir tranquillement en descente pour récupérer et pouvoir en remettre un peu sur ses relais de course ensuite, c'est tactiquement parfait.
Ne sachant pas trop où se termine la portion légèrement montante, je tarde un peu à lui rendre le vélo et je sens que ça commence à être un peu plus difficile pour elle, la respiration n'est plus vraiment la même. Elle se donne toujours autant mais la fin va être dure. On profite ensuite d'une bonne longue descente vers Lizy-sur-Ourcq où je prends plaisir à courir à environ 14km/h et où on récupère vraiment sur le vélo avant de longer le Canal pendant un moment. Céline assure encore de super relais à 11/12km/h environ tandis que je me sens très à l'aise à un peu plus de 12km/h aussi, les kilomètres défilent et la fin approche grandement.
Bon, il reste évidemment 3 belles petites montées quand même. La première, c'est lorsque l'on quitte le canal au moment où on rejoint les concurrents du 70km. Du coup, on en double et encourage quelques-uns, c'est plus motivant de rattraper du monde dans les montées que de les subir en solitaire comme les précédentes. Surtout que celle-ci, sur les chemins, n'est pas la plus simple.
Ensuite, si j'ai bien les images en l'ordre dans ma tête, on passe une nouvelle belle bosse bitumée où je reprends le large à pied et lorsque je double deux gars qui marchent, je les missionne de bien encourager Céline qui se bat sur le vélo et c'est ce qu'ils font à merveille, un instant qui me donne vraiment la banane tant ils ont joué le jeu à fond, excellent ! On continue de doubler du monde et de les encourager tout en avançant bien, surtout lorsque c'est favorable. Je me régale à courir à plus de 12km/h sans gêne avec autant de "facilité" après près de 9 heures de course.
Il y a encore une dernière montée donc je prends à nouveau un peu d'avance en courant et lorsque je passe à côté d'une intersection, je guette Céline qui ne me dit rien donc je poursuis ma progression, à tort, car il fallait bien aller à droite. Elle m'interpelle et s'excuse de ne pas me l'avoir signalé, j'ai fait du rab dans un passage difficile et au terme d'un long relais pédestre mais c'est le jeu !
Le dernier fait de course, il arrive un peu plus loin, alors qu'on arrive dans une zone qu'on connaît très bien mais davantage de jour pour moi pour avoir couru plusieurs fois l'Armentiéroise, y compris en Run & Bike d'ailleurs. Là, alors qu'il reste un peu moins de 5 kilomètres, lorsque Céline prend un relais en course, elle me demande très vite de récupérer le vélo si possible et je comprends qu'elle est cramée, je l'avais senti à sa respiration. On arrive à près de 100 kilomètres parcourus avec une certaine intensité, je me sens encore bien d'attaque, je vais pouvoir la soulager de cette fin de course et finir les 3-4 derniers kilomètres en courant tout du long, surtout que c'est tout plat et heureusement, pour le coup.
Toujours à 12km/h, pendant près de 4 bornes, je me sens vraiment bien. Je me répète beaucoup mais en même temps, c'est vraiment ce que je vis à ce moment-là, à ma plus grande surprise. Je tiens bon. Le seul petit coup dur, c'est quand on s'apprête à filer vers l'arrivée et que la trace nous fait faire un petit tour bonus dans les rues d'Armentières, sacré Eric ! Mais c'est vrai que c'est plus sympa par-là, je comprends ! Derniers hectomètres et c'en est terminé ! On franchit l'arche d'arrivée au niveau du petit podium où nous avons pris le départ il y a quelques heures. Céline pose le vélo sur le côté et on rentre ensemble dans la salle pour sonner la cloche après 9 heures et 37 minutes d'effort !
5ème équipe au scratch et surtout, 1ère équipe mixte ! On n'a jamais douté, on a fait une vraie belle course dont je suis très fier en profitant un maximum, avec le sourire, quelques petites péripéties mais finalement pas grand chose vue l'épreuve ! On finit plus d'1h20 derrière les premiers mais à 36 minutes du podium, à 12 minutes de Nathanael et Alan et surtout 13 minutes devant Maxime et Louis, 1h11 devant la deuxième équipe mixte (!), 1h32 devant l'équipe de Christopher et 1h34 devant la troisième équipe mixte. L'équipe féminine avec qui nous avons fait le yoyo en début de course termine elle 2 heures après nous. 19 équipes à l'arrivée sur les 22 équipes partantes, il y a eu 3 abandons (une équipe mixte, une équipe masculine et une équipe féminine).
A l'arrivée, on se pose un peu, on retrouve Toni qui l'emporte en solo avec une belle avance sur Marie, Tony (l'autre !) et Julie. Le seul individuel qui a fini devant nous. Noé et Cyrille sont aussi là après leur belle deuxième place. On profite du petit repas d'arrivée avant que Stéphanie ne nous soulage en faisant notre podium, ce qui nous évite d'attendre l'arrivée des autres équipes mixtes. Nous sommes arrivés à 4h56, il est temps de rentrer et d'aller dormir un peu pour ne pas être trop décalqués au boulot lundi !
En tout cas, une sacrée aventure avec une partenaire de choc, une organisation incroyable, sans faille dans une atmosphère et des conditions parfaites ! Que du plaisir, de très bonnes sensations, ça donnerait presque envie d'y revenir...
![[13-14/12/2025] La Grande Ourcq](https://image.over-blog.com/ebonptbRT5dFEPsn9tfL_oRQt4Q=/filters:no_upscale()/image%2F1534379%2F20251215%2Fob_e7aeb9_fb-img-1765711085082.jpg)
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